Entouré de montagnes et soumis chaque hiver à des températures parfois négatives, le lac d’Annecy pourrait sembler être le candidat idéal pour se transformer en immense patinoire naturelle.
Pourtant, voir le lac d’Annecy entièrement recouvert de glace est devenu extrêmement rare.
La dernière glaciation complète importante remonte à 1891. À cette époque, les Annéciens pouvaient même marcher et patiner sur une partie habituellement navigable du lac.
Alors, pourquoi le lac d’Annecy ne gèle-t-il presque jamais aujourd’hui ? La réponse se trouve notamment dans une propriété étonnante de l’eau, dans la profondeur du lac et dans son fonctionnement thermique.

Le lac d’Annecy peut-il geler ?
Oui. Le lac d’Annecy peut geler.
Mais il faut distinguer deux phénomènes très différents :
- le gel partiel, qui peut concerner certaines baies, zones peu profondes ou secteurs abrités ;
- le gel complet du lac, beaucoup plus exceptionnel.
Avec une superficie d’environ 27 km², une profondeur moyenne de 41 mètres et un volume de plus de 1,12 milliard de mètres cubes d’eau, le lac possède une inertie thermique considérable. Sa profondeur maximale atteint 78,7 mètres au trou de Boubioz.
Refroidir une telle masse d’eau suffisamment longtemps pour permettre la formation d’une couche de glace sur l’ensemble de sa surface demande donc des conditions météorologiques particulièrement rigoureuses.
Pourquoi le lac d’Annecy ne gèle-t-il pas facilement ?
La raison ne tient pas seulement au fait que les hivers seraient trop doux.
Il faut comprendre ce qu’il se passe dans l’eau lorsque les températures baissent.
D’où vient l’eau du lac d’Annecy ?
Rivières, sources souterraines, pluie, montagnes… découvrez comment le lac d’Annecy est réellement alimenté en eau.
Découvrir l’article →L’eau est la plus dense autour de 4 °C
L’eau possède une propriété physique assez inhabituelle.
Lorsqu’elle refroidit, sa densité augmente jusqu’à atteindre un maximum autour de 4 °C.
L’eau de surface qui refroidit devient alors plus dense et descend vers le fond. Elle est remplacée par de l’eau légèrement plus chaude provenant des couches inférieures.
Ce mécanisme contribue progressivement à homogénéiser la température de la colonne d’eau.
Mais en dessous d’environ 4 °C, le phénomène s’inverse.
Une eau encore plus froide devient légèrement moins dense. Elle reste donc près de la surface.
C’est seulement lorsque cette couche superficielle approche de 0 °C qu’elle peut commencer à geler.
Autrement dit, avant de pouvoir former durablement de la glace à sa surface, un grand lac comme celui d’Annecy doit d’abord perdre une quantité considérable de chaleur.
Le lac d’Annecy est un lac monomictique
Ce fonctionnement possède même un nom scientifique.
Le lac d’Annecy est décrit par le SILA et l’INRAE comme un lac monomictique froid.
Cela signifie que ses eaux connaissent généralement une période de brassage complet par an, en hiver.
Qu’est-ce que le brassage du lac d’Annecy ?
Au printemps et en été, le soleil réchauffe principalement les couches superficielles du lac.
L’eau chaude, moins dense, reste près de la surface tandis que l’eau froide demeure en profondeur. Le lac se retrouve alors organisé en différentes couches thermiques : c’est ce que l’on appelle la stratification thermique.
Cette stratification se développe au printemps et atteint généralement son maximum pendant l’été.
À l’automne puis en hiver, l’eau de surface refroidit progressivement.
Sa densité augmente et elle descend.
Lorsque les températures deviennent suffisamment proches entre la surface et le fond, le vent peut contribuer à mélanger l’ensemble de la colonne d’eau.
Le suivi scientifique du lac permet d’observer directement ce phénomène. En février 2009, par exemple, la température était homogène dans toute la colonne d’eau, autour de 4,8 °C, permettant un brassage complet du lac.
En 2010, une situation similaire a été observée entre février et mars avec une eau proche de 4,7 °C.
Pourquoi ce brassage est-il important ?
Le brassage hivernal n’est pas simplement une curiosité physique.
Il participe au fonctionnement écologique du lac.
Lorsque les différentes couches d’eau se mélangent, cela contribue notamment au renouvellement de l’oxygène dans les eaux profondes et à la redistribution de certains nutriments.
C’est donc un moment essentiel du cycle annuel du lac.
La profondeur du lac rend son gel complet beaucoup plus difficile
La taille du lac joue également un rôle majeur.
Le lac d’Annecy mesure environ 14,6 km de long, jusqu’à 3,2 km de large, pour une superficie d’environ 27 km².
Mais c’est surtout son volume qui compte : environ 1 124 500 000 m³ d’eau.
Une petite mare peut perdre rapidement sa chaleur pendant une nuit froide.
Un lac contenant plus d’un milliard de mètres cubes d’eau réagit beaucoup plus lentement.
Il faut donc une période de froid à la fois :
intense, durable et suffisamment généralisée pour refroidir les couches superficielles jusqu’au point de congélation.
Quelques nuits à -5 °C ne suffisent pas à transformer le lac d’Annecy en patinoire.
Quand le lac d’Annecy a-t-il gelé ?
Les archives et chronologies locales mentionnent plusieurs épisodes de gel au cours des derniers siècles.
On retrouve notamment des épisodes en :
- 1573
- 1681
- 1682
- 1684
- 1709
- 1789
- 1799
- 1829-1830
- 1879-1880
- 1891
- puis plusieurs gels partiels au XXe et XXIe siècles.
Il faut toutefois rester prudent avec les événements les plus anciens : les sources disponibles ne permettent pas toujours de déterminer avec certitude si l’ensemble du lac était pris par les glaces ou seulement une partie de sa superficie.
Les chronologies locales elles-mêmes divergent parfois sur ce point.
1891 : la dernière grande glaciation du lac d’Annecy
L’événement historique le mieux documenté reste celui de 1891.
Un numéro de L’Illustration publié en mars 1891 décrit alors le lac comme complètement recouvert de glace, avec par endroits une épaisseur atteignant environ 20 centimètres.
Le spectacle est suffisamment exceptionnel pour attirer promeneurs et patineurs sur le lac.
Des photographies et œuvres d’époque témoignent également de cette période.
La chronologie généralement reprise indique que la prise en glace totale s’étend de la fin décembre jusqu’au 13 mars 1892.
C’est aujourd’hui considéré comme la dernière grande glaciation complète connue du lac d’Annecy.
Le lac avait-il également gelé en 1879-1880 ?
L’hiver 1879-1880 est resté célèbre pour son froid exceptionnel.
À Annecy, les températures auraient atteint environ -17 °C le 27 janvier 1880, tandis que certains secteurs du lac étaient suffisamment gelés pour permettre aux habitants de patiner, notamment vers Duingt.
Toutefois, toutes les sources ne décrivent pas cet épisode de la même façon.
Certaines chronologies parlent d’une prise en glace importante, tandis qu’une source contemporaine de 1891 précise que le lac avait gelé en 1880 mais seulement sur une partie de sa superficie.
Il est donc plus rigoureux de parler d’une glaciation importante ou partielle pour l’hiver 1879-1880 plutôt que d’affirmer sans nuance que l’ensemble du lac était gelé.
Le lac a-t-il gelé depuis 1891 ?
Oui, mais uniquement de manière partielle.
Des épisodes de glace ont notamment été rapportés au cours des hivers 1955-1956, 1963 ou encore 2012.
Les secteurs les plus sensibles sont généralement les parties peu profondes et abritées, ainsi que certaines baies.
Cela ne signifie pas que l’ensemble du lac est alors gelé.
Cette distinction explique pourquoi il est possible de trouver des photographies relativement récentes montrant de la glace sur le lac d’Annecy alors que la dernière glaciation complète remonte au XIXe siècle.
Le réchauffement climatique peut-il rendre le gel du lac encore plus rare ?
Le fonctionnement thermique du lac d’Annecy est aujourd’hui suivi de près.
Entre 2022 et 2024, le SILA et l’INRAE ont notamment travaillé sur une étude prospective destinée à mesurer les conséquences du changement climatique sur le lac jusqu’aux horizons 2030, 2050 et 2100.
Les modélisations prévoient notamment une augmentation de la température de l’eau et une période de stratification thermique plus longue et plus intense.
Ces transformations peuvent également modifier la profondeur et la fréquence du brassage hivernal.
Le sujet dépasse donc largement la simple question de savoir si l’on pourra un jour revoir le lac entièrement gelé : la température de l’eau influence directement le fonctionnement physique et écologique de l’écosystème.
Pourquoi certaines parties du lac gèlent-elles avant les autres ?
Toutes les zones du lac n’ont pas les mêmes caractéristiques.
Une baie peu profonde contient beaucoup moins d’eau à refroidir qu’une zone située au-dessus de plusieurs dizaines de mètres de profondeur.
Elle peut également être davantage protégée du vent.
C’est pourquoi certaines bordures, petits ports, canaux ou baies peuvent se couvrir de glace alors que le Grand Lac reste parfaitement liquide.
Le gel observé à un endroit précis ne permet donc jamais de conclure que l’ensemble du lac est gelé.
Peut-on marcher sur le lac d’Annecy lorsqu’il gèle ?
Voir une couche de glace au bord du lac ne signifie absolument pas qu’elle peut supporter le poids d’une personne.
Son épaisseur peut varier très rapidement d’un endroit à l’autre en fonction de la profondeur, des courants, des arrivées d’eau ou encore du vent.
Les photographies historiques montrant des Annéciens marcher ou patiner sur le lac appartiennent à des événements climatiques tout à fait exceptionnels.
Aujourd’hui, la présence visible de glace ne doit donc pas être interprétée comme une invitation à s’aventurer sur le lac.
En résumé : pourquoi le lac d’Annecy ne gèle-t-il presque jamais ?
Plusieurs phénomènes se combinent.
Le lac contient plus de 1,1 milliard de mètres cubes d’eau, avec une profondeur moyenne de 41 mètres. Son énorme masse d’eau lui confère une forte inertie thermique.
En hiver, l’eau de surface se refroidit et participe au brassage de la colonne d’eau. Sa densité maximale autour de 4 °C explique également pourquoi le refroidissement du lac ne se traduit pas immédiatement par la formation de glace.
Pour qu’une couche de glace se développe à grande échelle, il faut donc une période de froid exceptionnellement intense et durable.
Cela s’est déjà produit.
Mais la dernière grande glaciation complète connue du lac remonte à 1891.
Plus d’un siècle plus tard, les photos d’Annéciens patinant sur le lac restent le témoignage spectaculaire d’un phénomène devenu extrêmement rare.
FAQ : le gel du lac d’Annecy
Quelle est la température du lac d’Annecy en hiver ?
La température varie selon la profondeur et les conditions météorologiques. Lors des périodes de brassage complet, les suivis scientifiques ont par exemple relevé une eau homogène autour de 4,7 à 4,8 °C en 2009 et 2010.
Quand le lac d’Annecy a-t-il gelé pour la dernière fois entièrement ?
La dernière grande prise en glace complète documentée remonte à 1891. Le lac est alors décrit comme entièrement recouvert de glace.
Quelle est la profondeur du lac d’Annecy ?
La profondeur moyenne du lac est de 41 mètres. Sa profondeur maximale atteint 78,7 mètres au trou de Boubioz.
Qu’est-ce qu’un lac monomictique ?
Un lac monomictique connaît généralement un brassage complet de ses eaux par an. Pour le lac d’Annecy, ce brassage intervient pendant la période froide.
Le lac d’Annecy pourrait-il à nouveau complètement geler ?
Physiquement, cela reste possible si une période de froid exceptionnellement intense et durable se produit. Mais les observations et projections climatiques montrent un réchauffement de l’eau et une évolution du fonctionnement thermique du lac.


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